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Témoignage : Introduire la sophrologie au sein du milieu hospitalier

Guillaume Dolpierre, sophrologue du réseau Medoucine, propose des consultations classiques, mais a également réussi à introduire cette pratique au sein de l'hôpital où il travaille puisqu'il est également ambulancier du SMUR.

Il a accepté de répondre à nos différentes questions afin de comprendre comment cette approche est désormais utilisée dans un milieu médical qui, les thérapeutes le savent bien, peut parfois être très fermé aux médecines alternatives, témoignage...

Comment est née cette idée d'introduire la sophrologie au sein de votre activité au SMUR ?

J'étais ambulancier au sein du SMUR depuis déjà un certain temps et mon envie d'aller vers la sophrologie s'est faite à la suite d'une réflexion dans la prise en charge des patients. Je m'apercevais que l'on était confronté régulièrement à de la douleur aussi bien physique que morale, mais aussi à beaucoup de stress dû à la situation d'urgence (un stress qui d'ailleurs peut parfois rajouter à la douleur).

Le seuil de douleur et de stress connu par les patients est donc déjà élevé avant même que le SMUR arrive, et une fois sur place, nous avons tendance à nous concentrer sur la technique afin de réagir vite puisqu'il s'agit d'urgence. Un point essentiel puisqu'il en va parfois de la survie d'une personne, mais qui ne laisse pas de place à la prise en charge de la personne sans sa globalité.

C'est pourtant vers ce type de prise en charge que j'avais envie de me tourner et c'est pour cela que j'ai commencé à chercher une approche différente. La sophrologie m'a paru très intéressante puisqu'il s'agit en plus d'une méthode sans contact et donc particulièrement pertinente dans les situations d'urgence où l'on n'aura pas forcément un accès direct à la personne. C'est donc pour cela que j'ai décidé de me former à la sophrologie. Il s'agissait ici d'une démarche tout à fait personnelle, simplement motivée par l'envie d'apprendre une nouvelle technique qui me serait utile dans mon travail.

Comment avez-vous mis la sophrologie au contact des patients et de vos collègues de travail ?

L'introduction à cette pratique s'est faite de manière très progressive. J'ai commencé par démontrer les effets de la sophrologie en proposant mes services au sein de la formation continue de l'hôpital pour animer des séances de groupe auprès du personnel hospitalier.

J'en discutais régulièrement avec toutes les équipes, le SMUR évidemment, mais aussi les infirmier(e)s et les médecins. Cela m'a permis petit à petit de me faire connaître comme sophrologue au sein de l'hôpital. À ce stade, la sophrologie était restée strictement pratiquée auprès de mes collègues et je constatais déjà qu'un certain intérêt pour cette pratique était naissant chez certain(e)s d'entre eux.
Un jour, j'étais en intervention sur un accident de moto, j'étais en train de faire mon travail d'ambulancier en relation avec la victime et pendant que je lui expliquais ce qui était en train de se passer, la seule chose qu'elle m'a répondue était « j'ai mal, je souffre ».
Le médecin était en train d'observer les différents dégâts corporels et c'est tout naturellement que j'ai décidé de mettre en pratique les outils de sophrologie que j'avais en ma possession. J'ai donc aidé cette personne afin qu'elle puisse gérer son stress et sa douleur.
Le médecin s'est très vite aperçu que cette personne apparaissait plus calme et posée qu'à notre arrivée et il en a donc profité pour faire ce qu'il avait à faire. Des gestes médicaux que l'on ne fait habituellement pas sans médication ont même été pratiqués et la personne est restée complètement stoïque.
Le lendemain matin, lors de la réunion du staff, le médecin a raconté ce qui s'était passé durant l'intervention de la veille en expliquant ce qu'il avait pu mettre en place grâce à la sophrologie avant même que les anti-douleurs fassent leur effet. C'est là qu'à démarrer l'intérêt réel de la prise en charge par la sophrologie des patients.

Après cette première expérience, comment s'est manifesté l'intérêt du corps médical pour votre pratique ?

Très vite, les médecins ont été curieux de voir cette pratique à l'œuvre. Cela m'a permis de pratiquer différentes choses comme la prise en charge des accouchements à domicile, la prise en charge du stress et de la douleur aussi dans les cas d'infarctus. Nous nous sommes vite aperçus que j'arrivais à calmer et apaiser les patients, presque à faire redescendre leur tension. C'est donc en faisant de la sophrologie d'abord auprès du personnel pour acquérir un certain crédit puis auprès des patients que j'ai pu susciter de l'intérêt pour cette pratique et l'amener petit à petit à être utilisée au sein de mon service.


Aujourd'hui, ce sont les médecins qui me sollicitent lors des interventions pour savoir si je suis en mesure de faire quelque chose. Depuis, quelques personnes au sein de l'hôpital ont décidé de s'y former, nous avons un sophrologue en soin palliatif, un autre en soin de support pour le cancer, une autre au sein des écoles des cadres et écoles d'infirmiers. L'hôpital a d'ailleurs mis en place quelques formations de prise en charge par l'hypnose, et il y a un projet en cours de formation du personnel pour la prise en charge en urgence par la sophrologie, ce dernier me tient tout particulièrement à cœur puisque je serais très certainement l'un des formateurs. Il y a donc une véritable ouverture dans ce sens-là.

Quelles ont été les réactions face à l'ajout de cette nouvelle approche au sein de l'hôpital ?

Bien évidemment, certains membres du personnel ont eu des doutes, mais le fait qu'ils me connaissent et qu'ils connaissent mon implication dans mon travail depuis déjà longtemps a permis très certainement de les amener à s'ouvrir sur le sujet. Je pense que les doutes émis portaient plus sur la méconnaissance de la pratique plutôt que sur sa légitimité propre et son efficacité. Cependant, la plupart de mes collègues ont accueilli l'idée avec curiosité et ouverture d'esprit.
Du côté des patients, comme il s'agit de situation d'urgence, j'ai rarement le temps de leur expliquer ce qui va se passer et ils se laissent plutôt naturellement guider puisque réconfortés par le fait que je fasse partie du SMUR. Par ailleurs, quand on a mal on est bien souvent prêt à accepter toutes les solutions proposées ce qui rend les patients particulièrement réceptifs, et même s'ils ne savent pas qu'il s'agit de sophrologie, ils prennent toujours le temps de me remercier pour l'aide apportée.

Quels conseils donneriez-vous à un thérapeute qui souhaiterait intégrer sa pratique en milieu hospitalier ?

Avant même de proposer ce que l'on s'est imaginé, je pense qu'il faut simplement commencer par en parler, soit parler de ce que l'on fait et de ce que la pratique est susceptible d'apporter.

Faire ses preuves auprès du personnel par l'intermédiaire de séances de groupes est déjà une bonne amorce afin d'avoir une légitimité dans son discours. La reconnaissance peut prendre du temps à venir, mais si l'on fait les choses bien et étapes par étapes, la patience peut complètement finir par payer.
L'hôpital est une grosse institution et cela demande du temps avant de faire bouger les choses, mais en prenant son temps, un jour ou l'autre, la porte s'ouvre.

Merci à Guillaume Dolpierre, sophrologue certifié et validé du réseau Medoucine pour son témoignage.